51 - Les fans et le fugu.

On devait répéter ce matin pour chanter dans une petite salle, cet après-midi, mais notre retard nous empêche de le faire. Je monte dans la chambre avec Lian. Kohana reste en bas, à discuter avec les sportifs. On arrive dans la chambre, Kawaii et Mitsuko ont déjà leur costume de scène : une jolie robe banche arrivant au milieu des cuisses pour Kawaii et une minijupe rouge avec un chemisier blanc pour Mitsuko. Kawaii s’approche de moi… pour me consoler ? Ah non, elle me donne une claque sur le derrière en disant :
— Tu as reçu une bonne fessée.
— Aaaïïïee ! Oui Mademoiselle.
— Tu l’as bien méritée, non ?
— Oui Mademoiselle.
Et toi va en… non, rien, je ne vais plus maudire les gens…
Pour me changer, moi, je n’ai ni une belle robe ni un chemisier classe, mais au contraire un uniforme de servante… sexy. Ma culotte est restée en bas et les filles rigolent bien en voyant mes fesses. Kawaii s’exclame :
— Oh, les belles tomates bien mûres !
Rires… Mitsuko me dit :
— Râle pas, tu as fait la conne, tu l’as payé… Assume Cécile.
C’est vrai. Bon… je vais passer à autre chose, mais, j’ai vraiment mal aux fesses… Je vais tout donner pour avoir du succès et…
***
Début après midi, on se rend dans un théâtre qui s’appelle Idols Shelter (Le refuge des idoles). Il s’agit de chanter pour des jeunes. Quand le rideau se lève, Kawaii est assise dans un petit fauteuil, Mitsuko est debout à côté d’elle et moi… je suis à genoux devant elle pour lui mettre ses chaussures. Kohana est là aussi pour tout filmer.
Immédiatement, les jeunes crient et applaudissent. Les cris sont aigus, il y a une majorité de filles.
Kawaii se lève, tandis que Mitsuko et moi, nous l’entourons. La musique se fait entendre et on chante « Kochi’s nymph », la complainte des nymphes du fleuve Kochi qui en ont marre d’être vierges et rêvent de se faire... niquer. Je résume un peu la chanson, mais en gros, c’est ça. Les jeunes adorent. Ils connaissent même le refrain par cœur et pourtant, c’est la première fois qu’on chante à Tokyo… Ils ont dû voir ça sur le Net.
On chante sept chansons… Ils adorent, nous le disent, nous le crient… Eh oui, c’est « Sisille » qui revient le plus. Beaucoup de filles sont d’ailleurs déguisées en soubrette d’opérette, la seule différence entre elles et moi, c’est qu’on me traite vraiment comme une servante. Le point positif, c’est que je me rends compte que c’est vraiment moi qui ai le plus de succès.
On n’a pas le temps d’aller boire un verre, parce qu’il faut aller dans le hall du théâtre pour faire connaissance avec nos fans. Il y a trois tables et trois chaises pour nous. On s’assied et je fais la grimace. Une fille me demande :
— Tu t’es fait mal, Cécile ?
— Euh… un peu, je…
Kawaii me coupe en disant :
— Elle a désobéi, je lui ai donné une fessée.
Hou là… les jeunes se le répètent et ils m’entourent. Une fille me demande :
— C’est vrai Sisille ?
Autant jouer le jeu, le rôle de la pauvre servante punie. Je réponds :
— Oui… j’ai les fesses toutes rouges.
Ah, ça leur plaît, les jeunes… Il y a une grande vente de produits dérivés estampillés Virgin Idols : des photos, des clés USB, des poupées, des vêtements comme les nôtres, du parfum avec notre logo… On signe les photos… et les jeunes peuvent aussi faire des selfies avec nous, moyennant paiement.
Je constate à nouveau que je suis celle qui leur plaît le plus. Il y a moi, puis Mitsuko la soi-disant intello et enfin Kawaii, la fille riche… Elle ne les fait pas rêver. Mais ils veulent quand même des photos de nous trois. Une très jolie fille déguisée en soubrette demande à Kawaii :
— C’est vrai que vous avez fessé votre servante, Mademoiselle Kawaii ?
— Oui, c’est vrai.
— On pourrait voir ?
Cette fille est folle, ce sont tous des jeunes ! Mais Kohana intervient :
— Super idée. Cécile montre tes fesses, mais en gardant ta culotte.
Ne pouvant qu’obéir, après m'être remise debout, dos à eux, je relève ma jupe d’uniforme. J’ai remis une petite culotte blanche, mais vu l’étendue de mes fesses, pas mal de peau rouge apparaît. Il y a d'abord un petit moment de silence, puis des cris et des rires… Ils font des photos. Kohana a l’air ravie. Au bout d’un moment, Kawaii me dit :
— Baisse ta jupe, Cécile, on a assez vu ton gros cul.
Il n’est pas gros, connasse, mais beau ! Kawaii ajoute :
— Ceux qui ont pris un ticket peuvent faire un selfie avec la fille de leur choix.
Aussitôt, une longue file se forme devant moi. Ce sont surtout des filles, il y a peut-être un cinquième de garçon. Une autre jolie fille déguisée en servante vient se mettre joue à joue avec moi. Elle a pris deux tickets. Après avoir fait la photo "joue à joue", elle me demande :
— Tu veux bien me regarder ?
— Bien sûr.
On se retrouve bouche à bouche. 


Toutes les filles veulent la même photo, ça ne me dérange pas d’embrasser… chastement toutes ces filles, surtout qu’elles me disent chacune un mot gentil, genre « tu es la plus belle » « tu pourras faire une carrière seule » « on dira sur Jetsel qu’on doit arrêter de te fesser ».

Jetsel, c’est le nouveau réseau social. Évidemment, Kohana filme tout.
Elles sont tellement gentilles avec moi que je commence à avoir les larmes aux yeux, puis des vraies larmes qui coulent. La fan suivante me demande :
— Pourquoi tu pleures ? Tu vois le succès que tu as…
— Je n’ai pas l’habitude qu’on soit aussi gentil avec moi… On me traite tellement durement, d'habitude.
Elle aussi me répond :
— Je vais en parler sur Jetsel.
Je ne regarde pas Kohana mais je suis sûre qu’elle a un grand sourire… Au plus on parlera de moi, au mieux ce sera. Un garçon me dit :
— Ne sois pas triste, regarde tout ce qu’on achète. Tu vas être riche.
Je fais… tristement non de la tête. Encore un qui va en parler sur les réseaux sociaux. Il y a autre chose qui me fait de la peine, c’est tout l’argent qu’ils dépensent… Je sais, c’est idiot.
Les derniers fans font un selfie et on ferme les portes. Kohana vient me dire :
— Bravo Cécile, tu as été ridicule et misérable à souhait, une pauvre petite servante fessée et maltraitée.
Lian arrive et ajoute :
— La pauvre petite pleurnicheuse, ça leur plaît. On va te mener à la baguette… Tu croyais qu’on était dure avec toi, mais tu vas être surprise par ce qui t’attend.
Là, c’est trop, je me mets à vraiment sangloter dans mes mains, puis je leur dis en hoquetant :
— Je ne ferai… plus… plus rien… je m’en fous de ce qui m’arrive.
Kohana crie :
— Super les filles ! Vous avez trop bien joué, surtout toi, Cécile.
C’est quoi ces conneries ? Une assistante me donne des kleenex, je frotte mes yeux et je me mouche. Kohana me demande :
— Tu seras capable de refaire ce numéro demain après-midi ?
Un numéro ?!? Je réponds :
— Oui, bien sûr…
Lian ajoute :
— Pour ce soir, tu as le choix. Soit tu continues à faire la victime et on te met au lit sans manger, soit tu souris et tu viens manger et danser avec nous.
Je lui fais un grand sourire… c’est peut-être vrai, après tout. Je lui demande :
— Vous êtes satisfaite de ce qu’on a fait ?
— Oui et le Prince aussi. Bon, on va se changer.
Mitsuko et Kawaii sont déjà montées dans les chambres. Dans l’ascenseur, Lian dit à Kohana :
— On peut dormir ensemble. La petite pleurnicheuse à sa chambre.
Oh ! Pourquoi ? J’aimerais mieux dormir avec une fille… et puis non. Je ne ferai plus jamais confiance à une fille. On a des chambres au dernier étage. Lian me donne une carte pour ouvrir la porte en disant :
— Tu as 20 minutes pour te doucher et t’habiller.
— Oui Mademoiselle.
Pfff, c’est pas beaucoup. J’entre dans la chambre… Elle est confortable et puis je suis seule… personne ne va m’embêter pendant les 20 prochaines minutes. Je prends une douche, c’est nécessaire parce qu’on transpire beaucoup quand on chante et on danse. Je vais nue sur la terrasse. On ne peut pas me voir, c’est cool… La brise du soir me sèche. J’entends rire dans la chambre à côté. J’ai envie d’être avec elles, être seule me fait vite déprimer… Bon, je dois me dépêcher.
Il y a des vêtements sur le lit : une jupe noire très courte, un chemisier banc et des chaussures noires. Ça ressemble quand même à un uniforme. Nam-ji entre dans la pièce. Je ne savais pas qu’il allait nous accompagner. Je le salue. Il me demande :
— Tu es lavée ?
Ma parole, c’est une obsession ! Je réponds :
— Oui, j’ai pris une douche.
Il me fait peur, pour changer. Il est tellement bizarre… Il le voit et me dit :
— Tu vas avoir beaucoup de succès… Les patrons veulent que je te protège spécialement. On va manger, suis-moi.
— Oui Monsieur.
On sort pour aller dans la chambre à côté. Il ouvre sans frapper. Les filles sont prêtes, Kawaii dans une jolie robe et Mitsuko en jupe et chemisier. Lian arrive en pantalon de cuir et chemisier noirs. Nam-ji nous dit :
— Venez, on va manger…
On sort de l’hôtel, quatre jolies filles et un… mec grand et costaud, mais blond avec des petites lunettes rondes et rouges. Lian lui demande :
— Alors, tu n’enseignes plus ?
— Plus pour le moment… Comme j’ai trop de choses personnelles à régler, le Prince m’a donné un job facile : surveiller des gamines.
Il enseignait quoi ? La coiffure ? Les vêtements à la mode...? J'm'en fous de leurs conneries. Je regarde les passants, les vitrines… Et puis, deux filles me demandent :
— On peut faire un selfie avec toi, Cécile ? On t’aime trop.
Des inconnues m’aiment déjà, ça me plaît. Après avoir fait plusieurs selfies, une des deux me dit :
— Tu ne dois pas te laisser faire par ta patronne.
Un peu plus loin, Kawaii lève les yeux au ciel… Des jeunes me demandent plusieurs fois de faire aussi des selfies. Heureusement, il y en a qui veulent en faire avec Kawaii et Mitsuko. Il y a même un jeune homme en cuir qui dit à Nam-ji :
— J’espère qu’on va vite vous revoir combattre.
Là, n’y tenant plus, je lui demande :
— Vous faites quel sport, Monsieur ?
— Kendo.
— Oh ! Vous êtes un Samurai ?
Il rit et répond :
— Exactement.
On est tous des vedettes, sauf Lian. On arrive au restaurant. Ils ont retenu une table. C’est un bel établissement, manifestement cher… Les filles et moi, on est vraiment les plus jeunes. Au-dessus du comptoir, il y a une série de mosaïques représentant des poissons épineux. Je crois qu’on les appelle diodon et tétrodon. On est dans un restaurant de fugu, ces poissons épineux qui se gonflent et dont la chair est délicieuse, mais mortelle si le cuisinier n’est pas capable de le préparer correctement. Les études pour avoir un diplôme qui enseigne la façon de préparer le fugu sont longues et chères.
Je n’en ai jamais mangé… Oui, j’essaie d’éviter les aliments qui peuvent être mortels. Tout le monde nous regarde : quatre jolies jeunes filles et un grand Japonais blond, c’est un peu inhabituel… mais personne ne nous reconnaît. Kawaii dit :
— Moi, j’aurais bien mangé un bon hamburger. Et vous ?
Bien sûr, je tombe dans le piège en répondant très vite :
— Moi aussi…
Ils me regardent tous en souriant. Kawaai me demande :
— Tu veux un biberon, bébé ?
— Vous êtes tous les quatre japonais, vous connaissez.
Heureusement, Nam-ji a demandé du saké. L’alcool est peut-être un antipoison... Le patron en personne vient prendre la commande. Ce restaurant doit appartenir au Prince, le koï s’est simplement transformé en fugu. Tous commandent du fugu. Ayant déjà lu les dégâts que provoque le poison du fugu, je lui demande :
— Je suis végétarienne, Monsieur, pourriez-vous me servir un autre plat  ?

A suivre

Un grand merci à Bruce Morgan pour le super dessin

Nos livres sont ici :
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