Lizy 21 - Le requin bleu.

John n’est pas souvent là. J’espère que tout va bien se passer et que je serai bientôt à Buckingham Palace. Madame Clayton est partie dans sa famille pour une semaine ! La « première fille » la remplace. Comme je n’aime pas dormir seule, chaque soir, je vais chercher une servante pour me tenir chaud dans mon lit. Cette fois-ci, je me couche avec Flora, une petite brune qui me plaît. Elle est habile et sa bouche passe de mes lèvres à mes seins, avant d’embrasser mon nombril et de lécher ma chatte. On s’endort l’une contre lettre, son visage a l’odeur de mon sexe.
***
Je suis réveillée par la lumière de l’aube entrant dans la chambre. Qui a tiré les rideaux ? Il y a des servantes qui vont se faire fouetter !!! Flora n’est plus à côté de moi. Un homme est debout à côté de mon lit. Il me donne un document en disant :
— C’est de la plupart de madame Clayton. Lisez rapidement, c’est très important.
Mal réveillée, je lis : 
« Lizy, si tu lis ce mot, c’est que le complot est découvert et que tout le monde s’est sauvé. Suis cet homme… tu liras la suite plus tard. Vite, Lizy ! »
L’homme me tend un uniforme de servante que je l'enfile rapidement. Je veux mettre mes chaussures, mais il me tire par un bras en disant :
— Pas le temps !
On sort de la maison. Un cheval sellé est déjà là. Il monte dessus et il me tend la main pour m’aider à monter derrière lui. On part au galop… 
 On se trouve dans les faubourgs de Londres, je vois briller la Tamise dans la lumière du petit matin. Il arrête le cheval et il me dit :
— Descends et cache-toi derrière ces filets, tu pourras continuer à lire la lettre.
— Mais…
— Descends !!!
Je fais ce qu’il me dit et il repart… Je vais m'asseoir sur les filets pour lire :
« Si tu as cette lettre en mains, ton mari s’est enfui et sans doute tous les autres avec lui. Il doit penser que ta capture occupera un moment les hommes venus vous arrêter. Tu dois te cacher et quitter rapidement l’Angleterre, car tu risques des années de prison ou pire. Va au Requin Bleu, sur les docks le long de la Tamise. Ils ont toujours besoin de nouvelles serveuses. Là, tu rencontreras des patrons-pêcheurs qui pourront t’amener à Calais. Ne va surtout pas en ville. Une fois en France, ne dis pas que tu es Anglaise, mais Irlandaise. Je t’embrasse. »
Je pleure… cette fois, il y a de quoi : Madame Clayton me sauve la vie… et j’ai tout perdu. Il me reste un uniforme de servante et c’est tout. Je me couche sur un filet de pêche qui pue moins que les autres pour pleurer confortablement sur mon sort. J’ai froid. Qui m’en veut ? Shiva ? 
— Qu’est-ce que tu fais là, toi ? Tu as volé quelque chose ?
C’est un homme âgé vêtu d’un uniforme militaire qui vient me rappeler à la dure réalité. Je gémis :
— Non M’sieur, je vous jure… Mon patron m’a mise à la porte parce que j’ai cassé des beaux verres et il ne m’a même pas laissée prendre mes chaussures. Un homme m’a dit que Le Requin Bleu engage des serveuses et...
— Bon, mais ne reste pas ici.
— Oui Monsieur… Euh… je ne sais pas où c’est.
L'homme hésite… est-ce qu’il va me jeter dans la Tamise ? Non. Il grommelle :
— Suis-moi.
On marche le long de la jetée… J’ai mal aux pieds. À ma gauche, il y a des bateaux sur la Tamise et à ma droite, des caisses et des filets. On arrive dans un endroit où il y plus de végétation. Il me montre le bâtiment sur lequel on a peint un grand requin bleu. 



Je lui dis :
— Merci beaucoup Monsieur et...
Il est déjà parti. Je vais m’asseoir dans un petit coin et j’attends… Environ une heure plus tard, une fille sort avec un seau. Je vais vers elle et lui dis :
— Bonjour, je m’appelle Lizy.
— Et tu veux quoi ?
— On m’a dit que vous cherchiez des serveuses…
— Tu sais que ce n’est pas fréquenté par la haute société, ici.
— Oui…
— Bien, suis-moi.
On va dans une grande salle. Il y a un bar, des tables, des chaises et des mâchoires de requins accrochées aux murs. Elle me dit :
— Assieds-toi, le patron va bientôt va arriver.
— Merci Mademoiselle.
— Moi, c’est Maggy.
En regardant autour de moi, je vois un strap accroché derrière le bar, il s’agit de lanières en cuir larges et plates, réunies sur un manche ! Et ça doit servir à punir les serveuses... Aïe ! Maggy a suivi mon regard et elle dit :
— On fait toutes connaissances avec le strap et ce n’est pas agréable.
Je pousse un long soupir avant de répondre :
— J’essaierai de bien travailler. J’ai déjà été fouettée.
— Le fouet, c’est évidemment pire, mais le strap sur les mollets, ça pince bien. C’est surtout Madame qui en donne.
— Sa femme ?
— Non, Madame Mom, sa mère…
Le fait que j’ai déjà été fouettée doit sans doute me rendre plus sympathique à ses yeux, car elle me demande :
— Tu veux un thé ?
— Oh oui, volontiers Mademoiselle... Maggy.
Elle met de l’eau à chauffer et quelques minutes plus tard, elle m’apporte un thé avec quelques biscuits. Je lui dis : 
— C’est vraiment gentil.
Là, j’ai stupidement les larmes aux yeux. Elle veut savoir pourquoi et elle me demande :
— Tu as eu des ennuis dans la place où tu étais ?
— Ouiiii… Monsieur me serrait de près et Madame est devenue de plus en plus jalouse. Elle a prétendu que j’avais volé des bijoux et elle m’a fait jeter dehors en pleine nuit, je n’ai même pas eu le temps de mettre mes chaussures et…
Je m’arrête de parler car un homme ouvre la porte qui se trouve derrière le comptoir. Dès que Maggy a entendu ce bruit, elle s’est mise à ranger. Le patron a une quarantaine d’années, il est très grand et très costaud. Il dit :
— Alors, tu discutes au lieu de travailler, Maggy ?
J'interviens aussitôt :
— Pardon Monsieur, c’est moi qui lui parlais. On m’a dit que vous engagiez des serveuses.
— Tu as perdu ta place ?
— Je… j’ai cassé des beaux verres et ma Maîtresse m’a mise à la porte en pleine nuit, sans chaussures. Elle était aussi très jalouse, parce que son mari et son fils me rejoignaient la nuit…
Ça le fait sourire. Il s’approche de moi… Oh ! Il est non seulement grand et costaud, mais aussi plein de tatouages et de cicatrices. Bêtement, je recule jusqu’à me cogner à meuble. Il avance la main vers mon visage et... il soulève mes lèvres pour regarder mes dents. Comme je tremble un peu, il se moque de moi :
— T’es pas une terreur, toi !
— Vous êtes impressionnant, Monsieur… Dites, vous voulez bien me prendre ?
— Dans quel sens ?
— Celui que vous voulez...
Il sourit à nouveau, avant de me montrer le strap accroché à un clou en guise d’avertissement :
— Ici, il faut travailler, sinon…
— Oui, je travaillerai Monsieur, je vous jure, je..
— C’est bon… commence par aider Maggy. À onze heures, on te donnera un uniforme et tu serviras avec les autres filles.
— Merci beaucoup, Monsieur.
Maggy me dit :
— Viens m’aider Lizy.
— Euh, oui… pardon.
— Et arrête de t’excuser sans arrêt.
Une autre fille nous rejoint. Le patron lui dit :
— C’est à cette heure-ci que tu arrives ! 
Lorsqu’il lui montre le strap, elle se masse le ventre en disant :
— Les haricots ne sont pas passés, je vous jure patron.
— La prochaine fois, tu sais ce qui t’attend.
— Oui patron.
La fille vient m’embrasser sur la joue en disant :
— Je m’appelle Cillia, bienvenue…
— Merci beaucoup Mademoiselle… euh, Cillia. Moi, c’est Lizy.
— Au travail, les filles, sinon…
Oui, on sait : le strap ! À trois, on nettoie le sol puis on installe les tables et les chaises dans la grande pièce, ainsi que sur la terrasse, ou plutôt le jardin. Comme on est très près de la Tamise, on voit les bateaux arriver et repartir. C’est un beau décor pour une taverne de marins et de pécheurs, surtout qu’on est dans l’East End, un quartier très populaire… Un peu avant onze heures, nous montons dans une petite chambre et les filles me donnent un uniforme de serveuse. C’est une robe claire et courte : elle arrive au milieu du mollet. Il y a aussi un grand tablier et une petite coiffe à mettre sur la tête. Les mollets nus, j’espère que c’est surtout pour faire plaisir aux clients et pas pour le strap. Hélas, je crois que c’est pour les deux. Je dis aux filles :
— Le strap, ça me fait peur.
Cillia répond :
— C’est pas si terrible et ce n’est jamais que quelques coups.
À onze heures trente, la taverne ouvre, il y a déjà quelques clients qui attendent dehors. D’autres serveuses arrivent, ce sont les filles qui ont fait la nuit et qui ont dormi plus tard. Elles viennent me faire la bise. On est sept avec moi, il y a Maggy et Cillia, que je connais déjà, et puis Victoria, Tina, Suzy et Paula. Elles sont toutes plutôt jolies et bien faites. 
Des clients s’installent sur la terrasse, ce sont des familles du coin avec des enfants ou des hommes qui viennent boire de la bière. Le patron, Shark, est un colosse et quand je vois arriver sa mère, je me dis qu’il lui ressemble. C’est une grande femme d’une soixantaine d’années, avec une gosse poitrine. Elle dit à son fils :
— Tu engages une serveuse sans me le dire !
— Il nous manquait une fille, Mom’.
Je vais devant elle pour faire une révérence. Puisque c’est elle qui donne des coups de strap sur les mollets des servantes, il faut que je me fasse bien voir. Elle me dit :
— Tu sais que le soir, les clients ont les mains baladeuses.
— Oui Madame.
— Bon… C’est vrai que tu es mignonne.
— Merci Madame.
Révérence à nouveau et je reprends mon service… Je veux rester ici, c’est l’endroit idéal pour rencontrer un patron pêcheur qui me déposera en France. Je vais à Paris et je rencontre…
— Arrête de rêvasser, va débarrasser sur la terrasse.
— Oui Mademoiselle.
Je rêvais effectivement, comme souvent… J’échappe à la prison ou même pire, car qui viendrait me chercher ici ? Et puis qui pourrait croire que je suis une comtesse qui a failli se retrouver sur le trône d’Angleterre !? Madame Mom m’appelle :
— Petite.
Je cours presque. Elle me dit :
— Regarde cette boîte, tu y mettras tes pourboires.
— Oui Madame.
Elle est surprise que je ne discute pas un peu, elle me demande :
— D’où tu viens ?
— J’étais servante chez des gens riches. Mais Monsieur me serrait de près et son fils aussi… Comme Madame n’appréciait pas du tout, elle m’a accusée d’avoir volé un bijou et cassé des verres, alors elle m’a mise à la porte. À minuit et sans chaussures.
— Pourquoi sans chaussures ?
— Je ne sais pas…
Comme elle voit que j’ai les larmes aux yeux, elle n’insiste pas... ou elle s’en fout. 

À suivre.

Un grand merci à Bruce Morgan, pour le super dessin.

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