Lizy - 33 Paris

Il me désigne un endroit où deux filles attendent, puis il s’en va en disant :
— Bonne chance.
— Je…
Il ne se retourne pas ! Je ne veux pas réfléchir, j’ai juste envie de me réfugier dans un coin… Non, j’ai juste envie de retrouver Zep et de grimper sur son dos, toute nue, et puis pêcher… J’étais bien à la Pointe aux Oies et maintenant, je suis seule dans une grande ville, sans amis et sans argent… Tout ça à cause de ce salaud de Comte. Est-ce que ce serait sa veuve qui m’a envoyée ici, pour éviter le scandale ?
Une jeune fille brune vient nous examiner. Elle est jolie et habillée d’une façon assez provocante. Elle me demande :
— Tu cherches une place ?
— Oui, de vindeuse, Mademoiselle
Elle me regarde, étonnée, et dit :
— Tu as un accent anglais à couper au couteau et tu dis « vindeuse » comme les gens des Flandres. Tu t’imagines qu’un commerçant va t’engager ?
Elle tend sa main fermée vers moi en disant : 
— Prends ça.
Je ne vois pas ce qu’elle tient et machinalement, je tends la main. Elle dépose une pièce de monnaie, en disant :
— Maintenant, tu es engagée.
Elle a l’air d’une prostituée de luxe et je ne veux pas faire ça, c’est trop dangereux. Je lui dis :
— Reprenez votre pièce, Mademoiselle. S’il vous plaît, je…
Elle se retourne et crie :
— Monsieur l’inspecteur !
Un homme vient aussitôt près de nous. Il lui dit :
— Un problème, Mademoiselle Florence ?
— Cette fille a dans la main la pièce que je viens de lui donner devant plusieurs témoins et elle refuse de me suivre.
Je dis très vite :
— Pardon, je ne suis pas d’ici et…
L’inspecteur  me coupe la parole : 
— Oui, ça s’entend… Je t’explique : accepter la pièce, ça équivaut à un contrat de travail, soit tu es d’accord pour suivre Mademoiselle Florence, soit tu viens au bureau et on vérifie ton identité.
Dans quoi me suis-je fourrée ??? Je lui dis :
— Je vais suivre Mademoiselle.
— Bien… 
La fille lui dit :
— Merci Monsieur l’Inspecteur, vous savez que vous êtes toujours le bienvenu chez nous.
La fille me prend par le bras et on sort du marché. Je ne vais surtout pas m’enfuir, ça ne m’a pas trop bien réussi les deux dernières fois. On verra… La fille n’a pas l’air facile, mais c’est le cas de toutes les patronnes. Peut-être qu’elle est moins dure qu’elle n’en a l’air. Elle me dit :
— Je m’appelle Florence, mais tu diras Mademoiselle.
— Oui Mademoiselle.
Je la regarde du coin de l’œil. Elle est plus grande que moi, elle a des cheveux noirs et elle est plutôt brune de peau. Elle est bien faite, on le remarque d’autant plus que sa robe est presque transparente. Je préférerais une grosse dondon moche mais gentille... Elle voit que je l’examine et elle se tourne vers moi en disant :
— Je te plais ?
— Vous être très belle… mais... euh... vous m’engagez pour quel genre de travail ?
— Ça, ce sont mes affaires. Je me doute bien que tu n’as pas de papier et que tu as sans doute eu des problèmes en Angleterre, mais ici, le fait que tu travailles pour moi suffira, on ne cherchera pas plus loin. Tu es rassurée ?
— Oui Mademoiselle.
On se dirige vers les quais et on longe des grands jardins. Je lui dis :
— C’est beau.
— Ce sont les Tuileries.
On est le long de la Seine… qui ressemble à la Tamise. On emprunte un pont qui la traverse. Elle me dit :
— C’est le pont des Changes, il va sur l’île de la Cité où se trouve ta nouvelle maison.
Sur l’île, les maisons sont anciennes et on arrive dans une petite rue dont je ne connaîtrai le nom que plus tard : « rue de la Barillerie ». On entre dans une belle maison. Je la suis dans une grande pièce. Une grosse femme est assise et lit un document. Elle nous regarde et dit :
— Putain, Flo, où as-tu trouvé ça ?
— Au marché, bêtement. 
« Ça » c’est moi… Florence poursuit :
— Ses papiers ne sont pas en règle et elle a accepté ma pièce. Notre ami l’inspecteur et plusieurs personnes sont témoins.
— Et tu as des idées ?
— Demain, elle travaillera avec moi. J’ai effectivement des idées, mais j’en parlerai plus tard. 
Elle se tourne vers moi et ajoute :
— Tu peux circuler dans la maison, mais ne sors pas. Si on te demande quelque chose, dis que tu appartiens à Mademoiselle Florence.
— Oui Mademoiselle. Je pourrais avoir un verre d’eau, s’il vous plaît ?
— Va à la cuisine, tu peux avoir deux verres de vin. Mais sois ici à 7 heures.
— Oui, Mademoiselle, merci beaucoup.
Je ne vais pas lui demander comment arriver à la cuisine… elle est sûrement au sous-sol. Les couloirs de la maison sont éclairés par des candélabres. Un signe de richesse. Je cherche un escalier qui descend et j’arrive dans les cuisines. Comme partout, il y a une cuisinière et deux bonnes qui préparent le repas. Je leur dis :
— Bonsoir, je suis Lizy et je… je suis à Mademoiselle Florence.
Il y a la cuisinière et les bonnes, Angèle et Marguerite. Je bois deux verres de vin et je parle un peu avec elles. J’ai hâte de savoir ce que je vais devoir faire. Je remonte à 7 heures moins 10. Des gens sont déjà dans le salon. Je fais une révérence et leur dis :
— Bonsoir… euh… j’appartiens à Mademoiselle Florence.
Une jeune femme me dit :
— Elle t’a achetée ?
— ... Euh, je...
Heureusement, Florence arrive, on s’assied autour de la table. Je les regarde tous, je veux me souvenir de ce premier contact. Comme maintenant je connais leurs noms, je vais les décrire. 
Il y a Madame, la mère, une brune bien en chair de 40 ans. À côté d’elle, Monsieur, le père, un homme d’environ 45 ans qui ressemble à mon propre père, il a un grand nez et un gros ventre... Ensuite, leur fille Florence, jolie brune, petit nez, grosse bouche et l’air pas commode. À côté d’elle moi, Lizy, blonde et mal à l’aise… et qui se demande : « à quelle sauce vais-je être mangée ». À côté de Madame, il y a son fils, donc le frère de Florence, Sylvain, un beau jeune homme un peu efféminé. En face, il y a Éva et Lison, des jumelles. Ce sont des belles filles aux cheveux châtains qui se ressemblent comme deux gouttes de sueur de mes sœurs noires : elles ont des petits seins et plus tard, je constaterai des belles fesses. Pour ce qui est des fesses rebondies, elles sont battues par Zoé, une jolie noire, sans doute Sénégalaise. 
On mange un pâté de gibier délicieux, ensuite de la poule au pot, le plat d’Henri IV me dit Madame. Comme dessert, il y a de la tarte aux pommes. Je ne sais pas ce qui va m’arriver, mais j’aurai bien mangé. On boit un vin blanc qui me monte à la tête. Ils parlent vite entre eux, j’ai du mal à suivre… Je comprends qu’il y a d’autres filles qui sont dans les chambres et qu’elles mangeront plus tard. Florence dit :
— Qui va prendre la petite nouvelle dans sa chambre et même dans son lit, car on n’en plus de disponible pour le moment… 
Ils me regardent tous… J’ai bu pas mal alors, avant que l’un ou l’autre se décide, je dis :
— Mademoiselle Florence.
— Quoi ?
— Je peux vous demander quelque chose ?
— Oui…
— Sur le navire qui m’a amenée à Londres, j’étais avec plusieurs servantes noires et chaque soir, l’une d’elles me choisissait et...
Elle me coupe :
— Tu voudrais dormir avec Zoé, c’est ça ?
— Euh... oui, si elle est d’accord et vous aussi.
Florence lui demande :
— Qu’est-ce que tu en penses ?
— J’sais pas, faudrait qu’elle se déshabille et qu’elle me le demande… humblement
Florence me regarde. Je me lève et j’enlève maladroitement ma robe. Debout, je me rends compte que j’ai beaucoup trop bu. La pièce est éclairée par plusieurs candélabres et tout se met à tourner autour de moi. Le père siffle entre ses dents et dit  :
— Bel achat, ma chérie.
Zoé tourne sa chaise, alors je vais me mettre à genoux, à ses pieds… Oui, j’ai trop bu et puis elle me rappelle trop mes sœurs du navire… Elle a retiré ses chaussures et je pose mes lèvres sur son pied nu. Son odeur me rassure, on ne me jettera pas à la mer, cette nuit… Je ne supporte pas l’alcool. Son pied sent le vieux cuir et puis un peu le bois humide des forêts d’Afrique à la saison des pluies. 



Elle le dresse sur le talon et dit :
— C’est bien la première fois qu’une Blanche me suce les orteils. Je la prends.
Florence lui dit :
— Tu nous diras comment elle fait ça.
Zoé retire son gros orteil de ma bouche et elle se lève en disant :
— Tu vas me suivre à quatre pattes, petite chienne blanche.
Éclat de rire général. C’est gênant mais en même temps, ça m’excite… Zoé prend une bougie et on monte les escaliers, elle debout, moi à quatre pattes, avançant maladroitement vu que j’ai beaucoup, beaucoup trop bu. Les esclaves noires sur le bateau, je les appelais mes sœurs, mais j’étais aussi leur chienne obéissant au doigt et à l’œil.
On va dans la chambre qu'elle partage avec une autre fille, elle se déshabille et se couche sur le lit, les bras croisés derrière la nuque et les jambes écartées. Elle a la même odeur que les esclaves de la traversée : sauvage ! Je suis à genoux au pied de son lit et j'attends les ordres de ma maîtresse. 

À suivre.

Un grand merci à Bruce Morgan, pour le super dessin.

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