558 - 63 Captiva.

 Quand on bien mangé et bu... on salue la serveuse et on se dirige vers un bateau. J’ai déjà vécu ça, dans des vies passées. Il s’agit d’un bateau de pêche, mais un vrai, je veux dire un grand. J’aurai fait le tour du monde en bateau. Un marin appelle le capitaine. Il salue Kil, qui lui présente Ariane. Ils me laissent sur le pont et descendent dans le bateau. 
Je me débrouille pas mal en espagnol, maintenant. Je demande à un marin :
— On va où ?
Il me sourit et répond :
— En mer.
Ariane a tout prévu, même mes questions sournoises aux marins. On va... en Chine... en Australie ou plus certainement en Amérique du Sud. Ariane et Kil reviennent sur le pont. Elle me demande :
— Alors, tu as appris où on allait ?
— J’ai essayé.
Je fais une tête un peu triste. Elle ajoute :
— Pôv’ petite… On va sur l’île de Captiva, ça t’avance beaucoup ?
Non... Je sais juste qu’on reste ensemble, c’est ce qui importe. C’est vrai, Captiva, c’est où ? Aucune idée, sans doute en Amérique du Sud ou au Mexique. Je pense que de Cuba, ce n’est pas trop loin.
***
Sur ce bateau, on est traités comme des passagers, ça me change très agréablement... On mange plutôt bien, les matelots attrapent du poisson pour les repas. On navigue vers... Captiva.
On s’ennuie vite, alors on baise... avec Kil d’abord... puis avec le capitaine et tous les matelots et même les deux mousses de 18 ans.
En tout, je crois qu’on passe deux semaines sur le bateau et ce matin, le capitaine crie :
— Terre !
Ariane dit aux deux gars qui nous baisaient :
— Allez, plus vite les gars, on veut voir la terre.
Dès qu’ils ont fini, on va sur le pont et on voit... la terre... au loin. Il faut deux jours afin que le bateau se rapproche suffisamment pour qu’on aperçoive une forêt tropicale et même des arbres qui poussent dans la mer... enfin, sur le bord mais dans l’eau. Ariane me dit :
— Ce sont des palétuviers, ils ont des racines qui émergent de l’eau.
Elle sait tout ! On embrasse tout le monde, puis les matelots mettent une chaloupe à la mer et ils rament jusqu’à une plage. Kil a un grand sac en jute rempli de... nourriture et de boissons, je suppose. On descend dans un fond d’eau et on fait des signes. J’ai très envie de dire « Ils sont quand même gentils de faire tout ça pour nous. Gratuitement. »
Je n’ose pas et avec une bonne raison, une claque de Kil sur les fesses, c’est la dernière chose que je veux.
Est-ce qu’on est sur Captiva, est-ce que ça existe ? C’est une très petite île. C’est ici qu’on amenait des captives ou des esclaves, d’après ce que me dit Ariane. On arrive au bout de l’île en marchant sur la plage. On attend la marée basse et on passe sur l’île voisine qui est beaucoup plus grande, c’est Santa Isabel (1). On marche plusieurs heures sur une longue plage, j’ai faim, j’ai soif, j’ai mal aux jambes. Je gémis :
— Ariaaaane !
— Oui, je sais Lizy : tu as faim, soif et mal partout. Ah, et tu dois pisser.
C’est une magicienne ou alors elle me connaît bien. La nuit va bientôt tomber. On va tout en haut de la plage et on ramasse tous du bois mort. Kil fait un feu, ça chasse un peu les moustiques. Il sort des provisions du sac, viande séchée, biscuit, fruits... C’est si bon de manger et boire. On dort à trois, serrés les uns contre les autres, moi au milieu.
***
Le soleil et les mouettes me réveillent. Où sont-ils ??? Ils m’ont abandonnée ?? Non ! Ariane et Kil sont nus, les pieds dans la mer et ils se lavent. Ariane me dit :
— Viens te laver, Lizy.
Je cours vers eux. On se lave et on repart. Il nous faut une autre journée pour atteindre la petite ville de Santa Isabel, qui est au centre de l’île. Il y a des hôtels, on prend une chambre et on mange... de la viande et des gâteaux.
***
    • Lizy !!
    • Oui... qui me parle ?
    • Ta voix intérieure. Dis, tu ne vas pas décrire en détail un voyage de près de 2.000 kilomètres.
    • Comment tu sais que c’est un voyage de 2.000 kilomètres, voix intérieure ?
    • Ils l’ont dit tout à l’heure.
    • Ah oui, c’est vrai... Tu as raison, je ne vais pas « tout » décrire.
***
Il nous faut une autre journée pour atteindre l’extrémité de Santa Isabel. On paie un homme pour qu’il nous fasse traverser la baie. On va à Fort Myers. C’est une vraie ville. Dans une armurerie, Ariane achète deux pistolets pour Kil et des cartouches.
De là, on prend une diligence qui nous conduit, d’étape en étape, à la Nouvelle-Orléans. J’ai les fesses en compote, même si on dort chaque nuit dans un relais de diligence.
On arrive enfin... La Nouvelle-Orléans est une ville très animée et il y a de belles maisons. Ariane me dit :
— On va boire un verre.
Oh oui... Elle va vers une belle terrasse. On s’assied autour d’une petite table. Une serveuse vient prendre notre commande en français. Ariane demande des cocktails et de la tarte. On boit, on mange, ça fait du bien. Ariane commande d’autres boissons et là, j’ai un sale pressentiment. Je lui demande :
— Vous n’allez pas m’abandonner ?
— Tu crois qu’on t’a amenée jusqu’ici pour t’abandonner ? Tu te rends compte des bêtises que tu dis ? Je vais t’expliquer ce qu’on est obligé de faire...
Elle voit ma tête changer et ajoute :
— Ce qu’on va faire tous les trois...
Elle baisse la voix :
— La Louisiane fait partie de l’Union et c’est un état esclavagiste. Nous devons aller en Arkansas qui ne fait pas partie de l’Union. Il y a toutes les chances qu’on se fasse contrôler. Kil a des papiers règles, mais nous pas. Si on se fait prendre sans papiers et avec nos marques sur la fesse et l’omoplate, on risque d’être traitées comme des esclaves en fuite et je n’aimerais pas ça du tout. Toi non plus, d’ailleurs. Il y a un moyen d’être en règle, mais ça va te faire peur. Il faut que tu aies une complète confiance en Kil et en moi.
J’ai peur, mais vraiment peur. Je réponds :
— Je crois que je préfère quand tu ne me dises rien... J’ai confiance et c’est tout.
— D’accord, au pire, on risque quelques coups de fouet, pas plus méchants que dans les champs de cannes à sucre... et ensuite... tu vas aimer, je te jure.
— Et je serai toujours avec vous ?
— Oui, toujours.
— D’accord.
On termine les boissons et les gâteaux. Ariane paie et on sort. Elle demande à des passants où on peut trouver des voitures. Ils le lui indiquent... On en prend une et elle donne une adresse au cocher. J’ai peur de ce qui va arriver. Ariane le sent et elle me dit :
— Tu te calmes, Lizy ! Tu me fais confiance ?
— Ouiiii...
Il faut que je serre les fesses et que je fasse confiance à Ariane et Kil. On s’arrête devant une belle et grande maison entourée d’un grand jardin. Ariane descend et elle agite la chaîne de la cloche qui se trouve sur la grille. Un Noir vient voir ce qu’on veut. Ariane lui donne un papier en disant :
— C’est pour ton Maître.
Il prend la lettre et se dirige vers la maison. On attend là bêtement, devant la grille. Il se passe bien une demi-heure avant que le Noir revienne. Il ouvre la grille en disant :
— Le Maître va vous recevoir.
Ariane me dit :
— Toi, tu attends ici.
— Mais pourquoi ?
— Parce que.
Ben oui, normal... Ils disparaissent dans la maison. J’attends... longtemps, près d’une heure. Ils reviennent enfin, accompagnés d’une femme d’une quarantaine d’années, vêtue d’une belle robe. Je vois tout de suite qu’elle a de très beaux bijoux. Je m’étais appuyée contre un mur. Je me redresse et je lui fais une révérence. Elle me dit :
— C’est toi Lizy ?
— Oui Madame.
Elle se tourne vers Ariane en disant :
— C’est d’accord, jusqu’à la prochaine vente.
Ariane répond :
— Merci beaucoup Madame...
La femme se retourne et se dirige vers la grande maison. Le Noir nous ouvre la grille, la voiture est toujours là. Ariane lui indique une adresse.
On quitte les beaux quartiers pour aller dans ce qui doit être le secteur des bars. La voiture s’arrête devant un grand établissement. Arrivée près de l’entrée, je vois trois affiches protégées par un auvent en bois. Il y a une Noire nue dessinée sur chaque affiche, mais les textes sont différents :
« Filles disponibles tous les jours à partir de 6 heures. »
« Dressage d’esclave toutes les après-midi. »
« Prochaines ventes le 19. »




Ariane me dit :
— On va travailler ici deux jours et on sera vendues... Pas pour de vrai, pour être officiellement les esclaves de Kil.
On sort de la voiture et je suis Ariane. On entre une première pièce qui donne sur une autre. Il y a des clients blancs et des filles noires nues.
Un Métis vient à notre rencontre et nous demande :
— Vous désirez  une fille ou plusieurs ?
Ariane lui montre un papier. Il lit et il a l’air très surpris, il dit :
— Très bien. Je vais vous présenter.
Il dit très fort :
— Messieurs, voici deux esclaves blanches qui vont rester les prochains jours avec nous. Elles apprendront à se présenter, mais les après-midi et le soir elles seront à votre disposition.
Un homme lui demande :
— On peut les louer maintenant, Johnny ?
Il répond : 
— Monsieur va venir...
— En attendant, on aimerait les voir nues.
Le Métis nous regarde. Compris. On enlève nos robes. Il nous demande :
— Vous vous êtes lavées ?
Ariane répond :
— Ce matin, Monsieur.
— J’ai lu que vous aviez des marques, montrez-les.
On se retourne. D’abord ce sont les clients qui viennent voir nos fleurs de lys sur la fesse et l’omoplate. Là, je me dis : « Et si un homme donnait une somme énorme pour nous acheter ? » Les clients soupèsent nos fesses, nos seins. Quand ils nous ont examinées, le Métis dit :
— Les filles, vous pouvez aussi venir les voir et même leur poser des questions.
Aussitôt, les filles noires viennent nous examiner. Elles regardent nos marques. Une fille demande à Ariane :
— Ce sont des brûlures au fer rouge ?
— Oui, on a été marquées en place publique, parce qu’on était des prostituées et que le roi a voulu faire un exemple.
— Ça fait mal ?
— Oh oui, ça fait très mal et c’est pour la vie.
Une jolie Noire me demande :
— Pourquoi tu as l’air terrorisée ??
C’est Ariane qui répond :
— Elle a peur de tout, ne faites pas attention, elle est un peu idiote.
La fille me demande :
— C’est vrai ?
— Oui, j’ai surtout peur quand je vois ça, Mademoiselle.
Je lui montre une trace de fouet sur sa cuisse. Elle me dit :
— C’est de cet après-midi, demain ça aura disparu. 

A suivre.

Un grand merci à Bruce Morgan pour le super dessin.

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Vous les recevrez directement sur le mail que vous indiquez en format PDF.



(1) Santa Isabel est devenu Sanibel




Commentaires

  1. I thought the idea of pretending to be a slave to keep yourself from being a slave was a wonderful one. I've sometimes thought of a story about an English lady who masquerades as a slave and travels in a slave caravan, because she will not be kidnapped if they think she is already a slave and the property of another slaver. When she reaches her destination, she must be put on the block, and sold back to her father.
    Nice posters, too!

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