Lizy - 36 Zoé a une idée.

 J’entre dans le salon. Une double porte est ouverte sur une salle à manger et la table est mise. Il y a Florence, ses parents, Zoé, deux filles que je ne connais pas encore, le gros et Léo. Ils sont sept et je suis seule à servir. Je fais une révérence, puis j’attends qu’ils me regardent. Je refais une révérence en disant :
— Que puis-je vous servir à boire, s’il vous plaît ?
Florence répond :
— Apporte du champagne.
Nouvelle révérence… Je retourne à la cuisine. Joséphine a déjà préparé un plateau avec 7 verres et deux bouteilles de champagne. Je le prends… oh… c’est lourd… Je retourne dans la salle à manger avec ce plateau. Évidemment, ils me laissent un moment les bras tremblants, avant que Florence ne me dise :
— Dépose ton plateau sur la table et sers-nous.
Elle ajoute :
— J’vous jure… Qu’est-ce qui m’a pris d’acheter une Anglaise, elles sont vraiment stupides.
Je sais que c’est pour plaire au gros, ce n’est pas personnel… mais ça me fait mal, quand même. Elle me dit :
— Lizy ! 
— Oui Madame ?
— Tu remplis les verres, mais pas plus haut que le bord…
Rires. Elle continue :
—… ensuite tu déposes les verres sur ce petit plateau et tu viens les proposer en commençant par notre invité d’honneur, puis ma mère et moi, ensuite Monsieur Léo, puis les filles. Tu as tout compris ?
— Oui Madame.
— Répète.
— Euh… je… propose à notre invité do… do…
— D’honneur, stupide.
— Oui Madame d’honneur, puis vos parents et vous, ensuite Monsieur... euh… Je ne me souviens plus, pardon.
Florence dit au gros… 
— On croirait qu’elle va être un peu plus intelligente qu’un sauvage d’Australie, mais j’ai un gros doute. 
Le gros a un grand sourire. L’Anglaise qui a vaincu Napoléon (!) se fait humilier. En douce, Florence me fait un petit clin d’œil. On joue la comédie pour l’or du gros. Je m’en doutais et puis Joséphine me l’a dit, mais la complicité avec Florence fait du bien. Je fais répéter des ordres… Zoé me parle comme à un enfant. Le gros est ravi, il se se gonfle de satisfaction et explose… C’est dégoûtant… Hélas non, il bande de voir son ennemie (!) humiliée et insultée. Je continue à jouer le jeu, je me trompe dans les mots, je laisse tomber des objets… À la fin du repas, après qu’il se soit empiffré de tarte aux pommes et de crème fraîche, le gros dit à Florence :
— J’ai assez vu votre petite Anglaise… je voudrais terminer la soirée avec les jumelles.
— Avec plaisir. Lizy file à la cuisine et toi Zoé demande aux jumelles de venir ici.
— Oui Mademoiselle
On sort de la pièce… et on va dans les cuisines… Zoé dit à Maguy :
— Va dire aux jumelles que le client veut les voir dans la salle à manger, même si elles sont « en mains », c’est pour un client important
— Oui Mademoiselle.
Madame Joséphine lui demande :
— Ça s’est bien passé ? 
— Oui, Lizy a bien joué les Anglaises idiotes. Elle fait ça très bien.
On rit, oui, même moi. Zoé ajoute :
— Elle n’a pas mangé, vous pourriez lui donner quelque chose ?
— Oui, bien sûr.
— Ensuite qu’elle mette une robe et vienne au salon. 
J’veux aller pécher… En attendant, je mange et je parle avec Madame Joséphine. Après le repas, je passe une robe ultra transparente… Je pourrais aussi bien y aller nue. Je rejoins Zoé et d’autres filles « au salon »… Je suce des messieurs, d’autres me niquent… 



Je dis à Zoé :
— Mademoiselle a dit que je pouvais boire deux verres de vin blanc.
— D’accord, mais si tu fais l’idiote, tu dormiras par terre.
Ouf ! J’avale deux verres de vin blanc et je me sens mieux… J’attends quand même avec impatience l’heure d’aller se coucher. La soirée se termine, enfin… On va dans la chambre. On s’essuie un peu la chatte avec un linge. On se lavera demain. Après avoir fait pipi, on se couche. Je me colle à Zoé et je lui dis :
— Tu veux bien lever un bras...
Elle soupire mais elle le fait. Je plonge mon nez dans les poils humides de son aisselle et me voilà descendant le fleuve Congo sous le soleil d’Afrique… Elle me dit :
— Demain, tu seras d’accord avec ce que je dis…
— Oui… J’aime ton odeur…
— Oui, c’est ça… Allez, on dort.
***
Le lendemain, on prend le petit déjeuner avec la famille et quelques filles. À la fin du repas, Zoé dit :
— J’ai une idée de tableau, Mademoiselle Florence.
— Vas-y.
— Caleb et moi, on est un couple marié et on décide d’aller au marché pour acheter une esclave blanche. Lizy et d’autres filles défileraient devant nous. On les examine soigneusement puis on achète Lizy parce qu’elle est blonde… et qu’elle rampe bien.
Florence rit et lui dit :
— Pas mal du tout comme idée, ça devrait plaire. Continue.
— On est chez nous, Lizy nous sert…
Oh, moi aussi j’ai une idée... Je cesse de l’écouter, puisque de toute façon elle va tout m’expliquer en détail et que je devrai jouer l’« esclave blanche », ce qui sonne mieux que la chienne blanche… Zoé raconte tout ce qui va se passer… ça se termine avec mon visage dans sa chatte et son ami Caleb qui me baise en levrette bicolore. Elle dit :
— On pourrait appeler ça « Le monde à l’envers ».
Tout le monde trouve que c’est une très bonne idée. Je prends mon courage à deux mains pour dire :
— J’ai aussi une idée…
Sans le vouloir, j’ai coupé la parole à Florence qui a dit quelque chose en même temps que moi. Elle me dit :
— Je parle Lizy, tu ne m’interromps pas.
— Pardon Mademoiselle, mais je ne…
— Tais-toi.
Elle est vraiment injuste. J’ai les larmes aux yeux. Elle le remarque et me dit :
— Tu vas pleurnicher, maintenant ? Quand je te dis quelque chose, tu ne discutes pas. 
— Oui mademoiselle.
Florence dit à Angèle :
— Conduis-la dans la cuisine et dis à Madame Joséphine de la faire travailler, elle aura une bonne raison de pleurnicher. 
— Bien Mademoiselle.
Je trouve ça trop injuste ! Je vais… Angèle chuchote :
— Arrête de discuter, suis-moi.
Elle me prend par la main et, dès qu’on est sorti de la pièce, je lui demande :
— Pourquoi elle me traite comme ça ?
— Parce que tu discutes et tu pleurniches. Elle n’aime pas ça.
On arrive dans les cuisines. Angèle raconte ce qui s’est passé. Madame Joséphine me dit :
— Tu n’as pas encore compris qu’il ne fallait jamais discuter avec elle ? C’est la patronne. Bon, qu’est-ce qu’on va tu vas faire ? Les filles, vous avez une idée ?
Maguy, l’autre bonne, répond :
— Si on peut choisir, qu’elle fasse l’argenterie.
Angèle dit :
— Ah oui, bonne idée. On va chercher des cendres et des citrons.
Je ne veux pas « faire » l’argenterie. 
Elles ont l’air tellement contentes à l’idée que je fasse l’argenterie. Ça fait peur. Les deux filles mettent sur la table une quantité de couverts et de plats en argent. Madame Joséphine me dit : 
— Tu mouilles un peu le chiffon, puis tu mets des cendres sur les couverts et tu frottes jusqu’à ce que ça brille. Ensuite, tu frottes avec du jus de citron.
— Mais…
Elle me montre Jojo qui est au mur en disant :
— Un petit stimulant, Lizy ?
— Non merci Madame.
Je nettoie les couverts et pour que ça brille il faut frotter vraiment fort avec le jus de citron. Je nettoie pendant une bonne heure, j’ai les bras en compote et envie de pleurer. Enfin, Florence entre dans la cuisine. Madame Joséphine se lève, tandis que les servantes et moi, on fait une révérence. Pourquoi je fais ça, moi ? Florence rit en voyant que je fais l’argenterie. Elle dit :
— Bien, tu as appris à nettoyer l’argenterie
— Euh… oui
Florence se tourne vers les deux servantes en disant :
— Vous lui avez donné le sale boulot.
C’est Angèle qui répond :
— Oui Mademoiselle, on avait déjà fait les pots de chambre, sinon on le lui aurait donné.
Florence dit :
— Très bonne idée… Lizy ce sera ta corvée, demain.
— Mais je croyais que j’irais avec vous, l’après-midi.
— Ça n’empêche pas. Tu vas devoir jouer le rôle de l’esclave d’un couple de Noirs. 
— Mais… euh… Non, rien, pardon.
Je ne vais pas discuter. Elle poursuit :
— Je trouve que tu es tellement à ta place dans les cuisines ou en uniforme à servir le repas. Tu as de bons souvenirs de tes « sœurs » noires sur le bateau. Je me trompe ?
Je rougis et je réponds :
— C’est vrai.
Elle ajoute :
— Demain, pas de corvée argenterie. Tu deviens officiellement la préposée aux pots de chambre et il faudra faire ce que te disent Madame Joséphine, Maguy et Angèle. Allez viens, on va chercher des clients, petite servante.
— Oui Mademoiselle.

À suivre.

Un grand merci à Bruce Morgan, pour le super dessin.

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